Jean-Luc Hudry, conférencier expert Leadership

Leadership : le Président Macron est-il un leader ?

Jean-Luc Hudry, conférencier expert Leadership

A la suite de la diffusion sur TF1 d’un documentaire sur Emmanuel Macron et sa campagne, le Huffington Post m’a demandé d’écrire un article sur la méthode de travail de notre nouveau Président. Ayant une multitude de choses à dire sur le thème du leadership vous trouverez ci-après la transcription intégrale de l’analyse faite sur le thème « Emmanuel Macron est-il un leader ? ». Bonne lecture !

Leadership : Emmanuel Macron est-il un leader ?

Étonnante question pour qui vient juste, à moins de 40 ans, de devenir LE leader français.

Deux solutions pour trancher cet épineux débat :

1- Une invitation à l’Élysée pour échanger sur cette passionnante question.

2- Nous contenter d’une information très confidentielle  – partagée par quelques millions de personnes – dévoilée dans le reportage de TF1 diffusé ce 8 mai.

En attendant ladite invitation, voyons à travers ce reportage, les méthodes de travail du candidat devenu Président.

Font-elles de lui un leader au sens premier du terme ?

I- Le leader… en marche avant.

Waouuuhhh… cela démarre fort.

Dès les premières minutes, le candidat multiplie les caractéristiques du leadership. Il parle aux équipes, les remercie pour le travail accompli, et touche au cœur avec cette phrase aussi courte que forte Pour vous, c’est spécial, au sens de je suis le chef, vous êtes mes grognards, et vous resterez pour toujours dans mon cœur.

Les émotions, il n’y a que cela de vrai, surtout quand elles semblent sincères.

Ce faisant, Emmanuel Macron savoure les bienfaits de la confiance mutuelle qu’il a su créer avec ses collaborateurs. Et l’on observe combien la confiance est décidément le pilier de la performance individuelle, collective et nationale.

C’est elle qui fait l’élection, puisque éliminant 10 candidats, elle fait du onzième le leader de la France  pour les cinq prochaines années.

C’est encore elle qui écrit la suite de l’histoire et décide du sort réservé aux initiatives du leader élu. Avec la confiance tout lui sera plus facile.

Sans elle… euh… hum…

Le reportage défile, le candidat aussi, on scrute ses méthodes de travail et ses attitudes dans diverses situations.

Effet caméra ?

Peut-on à ce stade émettre l’idée que « l’effet caméra » est pour quelque chose dans ses postures et dans les messages délivrés ?

Probablement mais ce billet mise sur la sincérité du moment et fait crédit au banquier. Un comble !

Quoi qu’il en soit, le leader charismatique, emblématique, (ajoutez un mot en tique) revient à la charge : à l’issue d’un meeting réussi, il confesse J’ai fait des petites fautes signe d’une volonté farouche de produire le mieux du mieux. En même temps – dirait-il – cette envie de top niveau révèle une faiblesse tant le leader sait s’éloigner du perfectionnisme. Il a compris combien le mieux est l’ennemi du bien et ne perd pas de temps à atteindre une perfection hors d’atteinte.

Ouf, nous voilà rassurés, enfin un point de moins pour le candidat Macron, qui le regagne aussitôt en tirant parti d’une erreur ayant défrayé la chronique.

Devant des milliers de personnes, concluant son discours, emporté par la passion et la magie du moment, soudain sa voix déraille et se perd dans les aigus. Beaucoup en ont ri. Mais le leader se rebiffe, tire parti de cette expérience et travaille sa voix avec un chanteur d’Opéra. L’incident ne s’est pas reproduit.

Une prise de décision rapide et sans fausse note.

Les images suivantes révèlent l’étendue de son leadership. Examinons quelques exemples.

Le discours :

Donnant une interview il s’affranchit du Je, du Moi, et du fameux Moi je si présent chez les petites pointures. Usant du Nous et du On,  il met en avant le groupe, l’esprit et le travail d’équipe, véhiculant ainsi puissance et dynamisme. N’en jetez plus, le candidat a tout bon, même s’il abuse envers ses collaborateurs de la formule Les enfants, paternaliste et d’un autre temps. Il faut bien relever un point d’amélioration dans une communication quasi parfaite !

La motivation:

Il annonce sa foi en la victoire Ça passera prophétie d’autant plus crédible qu’il a le vent en poupe et  explique : Celui qui gagnera est celui qui aura le plus envie.  Or chacun a pu voir sur le terrain combien il avait très très très envie.

L’optimisme :

Peut- on être un leader performant sans être optimiste ?

Non, bien sûr.

Le dirigeant sait que l’optimisme se cultive au contact des réalités et qu’il n’a rien à voir avec de vaines incantations appelant à la réalisation de ses désirs. Bien au contraire, un dirigeant optimiste sait voir et traiter les problèmes car il se place, d’entrée, dans les meilleures dispositions possibles. Clairement, le candidat Macron véhicule cette valeur fondamentale du leadership.

L’optimisme réfléchi, une des raisons de son succès.

L’intuition :

Fillon ne se représentera pas ; Hollande ne sera pas candidat … plus que d’autres, le candidat voit loin. Et juste. A l’heure où tout le monde se demandait si le Président sortant allait encore sévir … euh… servir… lui avait déjà compris qu’il jetterait l’éponge.

Fruit d’un délit d’initié ?

Il s’informe, écoute et consulte de tous côtés, y compris ceux qui, tel Daniel Cohn-Bendit ont rangé les pavés et mis de l’eau dans leur vin. Cela s’appelle le changement. Or le leader applique un sage principe : mieux vaut accompagner le changement qu’y résister car, seul, le changement ne change pas.

A ce stade du reportage, la cause est entendue : D’ores et déjà Emmanuel Macron, décroche son brevet de top leader. Mais, comme le souligne le philosophe Franck Ribéry, c’est pas gagné tant que c’est pas gagné.

Autre marque de sagesse.

Dans le doute, allons donc jusqu’au bout du reportage de TF1 pour débusquer chez le candidat Macron d’autres comportements de boss, de chef, de dirigeant.

Tactique et stratégie :

Là, on découvre l’art de la guerre, le sens tactique, la vision stratégique. Apprenant les ennuis de son concurrent François Fillon, il fait preuve d’une prudence de Sioux, ne disant pas un mot plus haut que l’autre et déclarant vouloir « le laisser s’expliquer ».

C’est vrai, tomber sur l’adversaire au premier virage est l’apanage du leader ordinaire.

Le leader avisé sait se mettre en retrait, le temps qu’il faut, observer en silence, compter les points, laisser l’autre s’enfoncer et surgir du bois au bon moment pour porter l’estocade. A ce niveau-là, le combat des chefs ne fait pas dans le léger. D’où un comportement finement calculé et l’apparente volonté du candidat de ne pas… tailler de costard à François Fillon.

Conduire le changement, motiver les équipes, écouter, consulter, diffuser un optimisme concret et porteur, n’en jetez plus, la coupe est pleine, enfin, presque, puisqu’une autre qualité fondamentale du dirigeant est illustrée dans ce reportage.

« Penser différent » :

C’est-à-dire penser autrement qu’on en a l’habitude, ouvrir les fenêtres, remettre en cause ses réflexes et aller au-delà des évidences.

Fondamental outil dans la panoplie du leader.

Le parcours d’Emmanuel Macron en est une belle illustration. Tout démontre qu’il a su faire ce que les autres ne faisaient pas, penser autrement que ce que pensait tout le monde. Les experts disaient son avènement impossible, ce qui est impossible, en réalité, est que les experts de tous poils cessent un jour de se tromper !

En observant ses méthodes de travail faut-il y déceler d’autres qualités de leader?

Oui.

3 caractéristiques d’un leadership affirmé

Le candidat devenu Président illustre trois autres caractéristiques d’un leadership affirmé.

– Empoigner les problèmes versus les laisser sous le tapis.

– Dire les choses, simplement et sans jargon.

– Les dire avec humour.

Sur ces bases, il saisit publiquement une rumeur de liaison, la tourne en dérision, met les rieurs de son côté et lui ôte finalement toute substance.

En quelques mots l’affaire est pliée, exit la rumeur, et reconquête de points dans l’opinion.

Du grand art.

Mieux, du grand leadership.

Goût et maîtrise du risque :

En réunion à la Réunion, il fait venir sur scène des intervenants non prévus et répond en direct à leurs questions possiblement embarrassantes. Exercice périlleux et non gagné d’avance.

Un autre jour il rencontre dans un climat de tension des salariés de Whirlpool (on y revient plus loin). Le point commun à ces deux situations, est le goût et la maîtrise du risque, passant notamment par un atout majeur du leader : le calme des vieilles troupes.

Les grognards apprécieront…

Dans une situation tendue, inutile d’invectiver, de monter dans les tours et de jeter de l‘huile sur le feu… surtout s’il est nucléaire. Qui ferait confiance à un président perdant facilement son sang-froid ?

II – Le leader d’en marche… arrière.

N’ayant toujours pas reçu d’invitation à l’Élysée – restons optimiste, cela ne saurait tarder – les lignes qui suivent risquent de définitivement enterrer l’affaire.

Car il arrive au leader d’En Marche de passer la marche arrière. Dommage que le reportage ait fait l’impasse sur ces aspects moins convaincants qui auraient mérité un petit coup de projecteur.

Par exemple, lors d’un débat télévisé, on ne le voit pas accuser le coup lorsqu’une concurrente, appuyée par les rires des autres participants – lui explique que malgré plusieurs minutes de prise de parole, personne ne peut résumer sa pensée tant son discours est insaisissable.

De même lorsque ses opposants lui reprochent d’être en permanence d’accord avec tout le monde.

En ces occasions, le candidat manque de répartie, ce qui n’enlève rien à son leadership et rappelle fort heureusement que le leader est humain donc faillible.

En revanche, il y a plus embêtant.

Un écueil majeur

Le reportage met en lumière, ou au moins, interpelle le téléspectateur sur  un écueil majeur pour tout dirigeant.

Un phénomène intemporel, universel et dommageable : le phénomène de Cour.

Sortant d’un débat réussi, l’équipe du candidat – survoltée et portée vers la victoire – lui dit qu’il a des c….s.

Personne n’en doutait mais qui, en son sein, ose lui dire qu’il a été plusieurs fois mis en difficulté ?

Seule, Brigitte – pardon pour cette familiarité, Madame – refuse d’entonner les louanges des grognards et alors que le candidat lui demande « c’était bien, hein, alors oui ou non, c’était bien ? elle répond Je te ferai mes commentaires en privé, à deux, tu le sais.

Respect.

On peut supputer – ou espérer- qu’elle lui a dit ce qui devait être dit sur sa prestation, les temps forts, bien sûr, mais aussi les temps faibles, les coups concédés et les points d’amélioration

Seule, une approche 100% vérité permet au leader de rester sur terre tout en augmentant sa confiance en lui et en ses équipes puisqu’il sait qu’elles lui disent non ce qu’il veut entendre mais ce qu’il doit connaître pour la suite.

Alors Dieu le Père (ou équivalent) respire, et ne se sent plus menacé par ce leader si parfait.

Savoir s’entourer

In fine, le leader sait s’entourer de collaborateurs positifs, constructifs, motivants, dévoués, compétents – c’est le cas semble-t-il –  mais, surtout, d’une équipe n’ayant pas peur du dirigeant, pas peur de lui dire les choses, même s’il doit essuyer une remontée de bretelles, ou une indifférence polie.

Et cela coûte que coûte.

Là est le vrai courage du dirigeant : accepter la critique constructive et refuser la constitution d’une Cour sclérosante le coupant des réalités et lui donnant l’illusion qu’il est si bon, si fort et tellement supérieur aux autres.

Lorsque cette condition est remplie, alors il peut déguster les félicitations, voire l’admiration de son équipe, à son endroit :  Il faut ramasser les dents sur le plateau, tu es excellent, etc.

Au fond, ce courage de refuser l’isolement intellectuel du leader, donc les courtisans, est bien supérieur à l’autre courage consistant pour un candidat à aller affronter des salariés en colère.

Entouré de molosses et de micros et caméras tout aussi protecteurs, il ne risque manifestement pas grand-chose sauf de déraper dans ses propos et sa communication.

Le leader a le goût du débat, souvent du combat, son carburant est l’adrénaline dans les situations tendues, il y  exerce son talent, y déploie son pouvoir de conviction et d’attraction, bref, c’est là, face à l’adversité, qu’il prend son plaisir et donne sa pleine mesure.

C’est là aussi qu’il s’accomplit.

En conclusion…

…dépassons l’analyse factuelle d’un reportage télé et formulons un souhait :

Puissiez-vous Monsieur le Président conserver votre curiosité intellectuelle et une capacité d’analyse la plus juste possible.

Pour conserver le lien avec la « normalité » de vos concitoyens, invitez à votre table, et sans caméras, des aiguillons, des trublions, des gens divers, désintéressés, des gens « normaux » de toutes origines et conditions, eux vous diront ce qu’ils vivent.

Certes, ils n’auront pas toujours raison, ils n’auront pas non plus toutes les informations dont vous disposez, mais vous serez alimenté, nourri, enrichi de leurs expériences, et c’est à vous, LE leader que reviendra la charge de décider.

Sans oublier…

De faire appliquer, oui, a-ppli-quer, ce qui, dans notre beau pays demande un vrai courage.

Encore une caractéristique du leader : faire appliquer les décisions prises.

Reste à répondre à la question initiale : Emmanuel Macron est–il un leader ?

A la lueur de ce qui précède, chacun fondera sa religion.

J’ai ma petite idée.

Ah… encore une chose… le leader est celui qu’on regrette une fois parti.

Vous avez cinq ans pour tracer votre sillon et vous faire regretter.

Bon vent… Monsieur le Président.

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Auteur de Devenez un leader irrésistible, Créez la confiance à tous les étages et par tous les temps (Ed. Maxima)

 

 

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